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Introduction

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Exploration de la pensée de Jésus



Introduction


Une question préliminaire permettra d’orienter aussitôt le lecteur sur l’horizon qu’il s’apprête à parcourir. Cette question, la voici: par rapport à nous-mêmes, et dans l’ordre des valeurs créatrices — les seules qui soient — quel est le plus grand: celui que des anges parachuteraient sur terre, ou celui qui parviendrait à se faire catapulter dans les sphères célestes?

En le laissant parler tel qu’il se présenta aux auditeurs de son temps, je me suis trouvé en présence d’un Jésus très différent de celui que la tradition chrétienne m’avait offert: un Jésus plus proche et néanmoins beaucoup plus grand que l’image qui m’en avait été donnée.

Peut-être, lorsque vous aurez refermé cet ouvrage, vous surprendrez-vous à votre tour à admirer sans réserve ce Jésus-là.
Votre esprit s’en trouvera considérablement grandi à vos propres yeux, si manifeste vous apparaîtra-t-il alors qu’il est précisément l’esprit que Jésus vit s’affirmer pleinement en lui-même.

Ni les personnes qui ont permis la parution de cet ouvrage, ni moi-même ne désirons ébranler la foi des croyants.
Tout au contraire, nous voudrions amener ceux qui l’ont perdue à voir clair en ce prestigieux domaine.
Dans la mesure donc où la lecture de cet ouvrage vous surprendra, laissez le temps agir, reprenez la chose, repensez-la. Et vous la verrez imperceptiblement se mûrir à vos yeux.
Je n’ai nullement l’intention d’apporter un nouveau credo, à prendre ou à laisser, mais d’aider au besoin le lecteur à se poser avec succès la question des valeurs spirituelles, comme aussi de lui offrir une base de discussion facilitant la recherche commune de la vérité.

Nul doute que la forme de cet ouvrage pourrait être améliorée. Nul doute également que nombre de développements importants devraient y prendre place encore. Il s’agit d’un écrit de circonstance, rédigé dans des délais extrêmement courts. En outre, dans toute la mesure où il le fallut, j’ai sacrifié la forme à la mise en valeur des idées, particulièrement à la mise en valeur des liens qui les unissent et les engendrent.
Le lecteur qui saura le reconnaître saura aussi me pardonner des imperfections que je veux espérer de second ordre par rapport au but recherché. Qu’il sache que je recevrai avec grande reconnaissance toute remarque ou suggestion de sa part assurant une présentation toujours meilleure d’un si grand sujet.

Pour lui permettre de prendre ses dispositions — elles peuvent s’avérer aussi coûteuses que nombreuses — il convient de rendre le lecteur attentif dès le seuil de cet ouvrage au fait que Jésus eut recours à une notion entièrement nouvelle de Dieu et de sa parole. Si nouvelle qu’il en déconcerta tout autant ses disciples que ses adversaires.

Aux yeux de Jésus, le vrai Dieu nous parle et se communique à nous non plus par l’intermédiaire de quelques inspirés privilégiés, moins encore par le moyen d’un livre faisant état de leurs diverses doctrines, mais par l’instrument d’un certain esprit dorénavant à disposition de tout homme : «l’esprit de la vérité, qui vient du Père» et dont le propre est si bien de «nous enseigner toutes choses», qu’il nous «conduit — à lui seul — dans toute la vérité» (Jn 15,26 ; 14,26 ; 16,13).
De là, la mise en garde solennelle découlant de cette «bonne nouvelle»: N’appelez personne sur la terre votre Père, votre Maître, votre Directeur, hormis cet esprit du Père appelé à s’exprimer en chacun de vous.
Qu’est-ce dire, sinon que jamais l’humanité n’aurait connu ni ne connaîtrait les déboires que nous savons, expression du sous-développement mental des individus, si Jésus lui avait été présenté non comme un nouvel objet de foi inconditionnelle, mais comme le maître qui parla dans l’intention bien précise de respecter les exigences de l’esprit, c’est-à-dire de se faire comprendre de ses auditeurs?

Demandons-nous quelle fut sa notion de la vérité. Un exemple tout ce qu’il y a de plus simple suffira à nous renseigner. Admettons que nous visitions une entreprise industrielle. Le directeur de celle-ci nous accompagne. Il nous donne en cours de visite toutes les explications désirables, puis nous laisse terminer seuls le tour de son entreprise. Nous pouvons dès lors affirmer que tout ce que nous comprendrons par nous-mêmes du processus de fabrication exprime la parole même du directeur à notre adresse.
En effet, ce dernier ne nous aurait rien dit d’autre que ce que nous parvînmes à comprendre, pour autant cependant que notre acquis corresponde à la vérité, exprime les faits, se confonde avec la réalité.

Telle est aussi la conception de la «parole de Dieu» que Jésus inaugura. Le Dieu du cosmos, le Père de notre esprit, le «seul vrai Dieu» autrement dit, s’adresse personnellement à notre esprit, lui parle, s’explique à lui chaque fois que ce dernier parvient à dégager un élément nouveau de la vérité. En d’autres termes, la vérité exprime la parole authentique de Dieu lorsqu’elle s’avère l’expression pleine et entière du «langage des faits». Non seulement les faits parlent, selon une expression bien connue, mais les faits engendrés par le Dieu-Esprit dans le cosmos parlent la parole de ce Dieu à notre esprit. De là l’obligation nouvelle que Jésus nous fait de ne «pas parler de nous-mêmes», de nous comporter de telle manière à l’égard de l’esprit en travail que nous le remettions à son objectivité d’essence (Jn 5,19), au point de n’être nous-mêmes pour rien dans ses élaborations. Alors l’esprit de l’homme se transfigure en esprit du Père qui recrée le cosmos sous nos yeux, tel que ce dernier s’élabora originellement dans le Père, en Dieu.
On comprend dès lors que les deux expressions «être de Dieu» et «être de la vérité» puissent être présentées par Jésus comme synonymes.
Semblablement, «l’esprit de Dieu» n’est rien d’autre à ses yeux que «l’esprit de la vérité»: l’esprit qui, du fait qu’il émane de la vérité, est assuré de retrouver la vérité en toutes circonstances. La vérité est «en lui» (
Jn 3,21), et réciproquement cet esprit est dans la vérité, si indissolublement lié à la vérité que celle-ci est l’esprit actif et vivant, autrement dit qu’elle est Dieu, Dieu créant et se communiquant (Jn 1,1). Esprit et vérité sont si inséparables que nul ne parvient à la vérité sans que ce soit par le soin de l’esprit, remarque Jésus. Inversement, nul n’a part à la vie de l’esprit sans avoir incessamment part aux ouvertures renouvelées de la vérité ajoutant toujours à elle-même, précise-t-il encore (Mu 12,36-37 ; 13,45-46).
On voit sans peine pourquoi — et à l’aide de quel apport — Jésus put remettre en question toute la tradition des pères, comme aussi annoncer des développements sans précédents consécutifs à la pénétration inexorable de l’esprit humain dans le cosmos et ses secrets (Mu 18,19 ; 17,20 / Mc 4,21-23 / Jn 5,19-20 ; 14,12 ; 16,13-15).
On comprend enfin que le pas à franchir pour passer des conceptions de Jésus à celles de la science contemporaine puisse ne pas être bien grand. D’autre part, de véritables espoirs sont permis, lorsqu’on considère la perspective de l’accomplissement inéluctable de l’esprit scientifique moderne à la mesure de l’esprit de la vérité promu par Jésus, particulièrement par l’extension nécessaire de cet esprit à tous les domaines ainsi qu’à tout homme.

***

A leur titre d’incursion dans les développements qui suivent, ces quelques considérations auront montré au lecteur qu’il lui importe d’entreprendre cette étude totalement dépouillé de ses conceptions personnelles. C’est dans de telles dispositions que je me trouvais moi-même lorsque j’entrepris cette tentative de reconstitution de la Pensée de Jésus. Et je pense pouvoir dire qu’elles eurent une influence décisive. C’est un fait d’expérience, acquis par la plupart de ceux qui se vouèrent à la recherche de la vérité, que les points de vue de nos prédécesseurs, en aiguillant fréquemment notre recherche sur de mauvaises voies, nous nuisent plus souvent qu’ils ne nous servent.

Brièvement dit, il s’agit d’écouter Jésus comme nous aurions été amenés à le faire si nous nous étions trouvés, vingt siècles auparavant, du cercle de ses auditeurs : pour le comprendre, selon sa propre demande. Davantage, il a insisté avec force sur le fait que ceux qui le comprendraient vivraient de l’extraordinaire : un jaillissement d’activités insoupçonnées se dégagerait de leur tréfonds, assurait-il (Mu 13,23 et 51-52 / Jn 4,14 ; 7,37-38 ; 15,7 ; 14,23).

Jésus a simplement affirmé qu’un développement devait encore se produire en chacun de ses auditeurs. Ce développement, en les conduisant à renoncer aux préoccupations futiles ainsi qu’à leurs erreurs stérilisantes, vaudrait à leur esprit de revêtir «l’autorité royale» particulière à l’esprit de la vérité, que nul n’induit plus en erreur ni ne subjugue.
C’est la raison pour laquelle l’auteur présente, sous la forme des citations reproduites in extenso dans cet ouvrage, un Jésus qui s’adresse personnellement au lecteur. C’est dire que ces citations revêtent de loin plus d’importance que le texte de l’ouvrage lui-même. Intégralement empruntées aux évangiles, elles ne s’en distinguent que par de simples parenthèses destinées à rappeler ce que Jésus dit ailleurs, à le laisser s’expliquer lui-même par association des éléments de sa pensée, comme il en va des élaborations de tout esprit pensant.

En d’autres termes, nous nous disposons à pénétrer en Jésus, à entrer dans ce qu’il dénommait dans ce sens son propre royaume, et à «demeurer en lui» (Jn 15,4-6) jusqu’à voir ce qu’il vit et à vivre de l’esprit dont il vécut. Dès lors, et pour autant que nous restions fermement attachés à cette ligne de conduite, nous sommes en droit de nourrir à son exemple la prétention de «ne point parler de nous-mêmes». Nous délaissons du même coup le terrain des interprétations. Fait qui prend toute son importance ici: c’est parce que la tradition chrétienne s’élabora sur ce terrain, celui de l’arbitraire, qu’elle se révéla hors d’état de lever le mystère recouvrant le Jésus même dont elle se proposait de rendre compte.

Nous aurons maintes occasions, au cours de ce périple dans la Pensée de Jésus, de nous assurer toujours à nouveau si nous nous maintenons sur la bonne voie. Il suffira de faire régulièrement le point en nous demandant si le chemin parcouru constitue une avance ou un recul, si les notions acquises en cours de route facilitent ou non notre compréhension.
Enfin, lorsque nous aurons fait le tour de toutes ses déclarations, au vu du résultat atteint — mais alors seulement — nous pourrons répondre aux questions d’ordre historique que la théologie considéra à tort comme des questions préliminaires. Nous serons en mesure de nous demander avec succès d’où viennent nos textes évangéliques, plus particulièrement les recueils de paroles de Jésus qui servirent à leur rédaction. D’autres questions importantes ne seront plus éloignées de leur solution : les déclarations mises dans la bouche de Jésus sont-elles d’un seul et même auteur, convergent-elles, se rattachent-elles irrésistiblement les unes aux autres par des éléments communs évidents, ou se contredisent-elles, s’excluent-elles mutuellement?

Matthieu, Marc, Luc et Jean comprirent-ils ce qu’ils recopièrent?

Ces réponses seront elles-mêmes porteuses d’autres réponses de prix: l’Evangile de Jean est-il une création de Jean, comme le voudrait la théologie à la lumière de ses propres interprétations?
En d’autres termes, Jean comprend-il sans défaillances ce qu’il écrit?
Y eut-il tradition orale — aux effets inévitablement déformateurs — jusqu’au moment où l’on se décida à confier les paroles de Jésus au manuscrit, ou celles-ci se virent-elles au contraire écrites du vivant encore de Jésus, voire de sa propre main?

Brièvement dit, de près comme de loin, dans les profondeurs de sa pensée comme dans son comportement au milieu de ses contemporains:
qui fut Jésus?

Ces interrogations posées, il ne me reste plus qu’à souhaiter au lecteur la volonté de conquête qui doit l’animer au seuil de cet ouvrage, s’il veut en retirer la joie parfaite inhérente à la vie de l’esprit telle que Jésus la connut et la décrivit.



Charles RITTMEYER


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